Chez Maminette et Papiou, il y a plein d’animaux. Des chevaux, des ânes, des poissons, des chiens et deux chattes. Une des chattes est énervée, rapport aux têtards et à l’attention de tous les instants qu’ils réclament. Pour se venger d’être délaissée, la chiennasse se soulage sur la couverture de Mini-Troll. Exaspérée, j’appelle Maminette. Je m’offusque et pas qu’un peu.

« Nan mais viens sentir cette puanteur ! Sniff, sniff, c’est par là, ça sent !

On avise alors des traces dans un coin du tissu. Je m’insurge carrément.

- Regarde, elle a ramené des trucs aussi !

Têtard lève la tête :

- Des trucs ? Quoi comme trucs ? Des chips ? »

C’est connu, les chats se vengent à coups de jets de chips et d’urine… ou Têtard le naturaliste.

Il fait chaud. Mais rien n’arrête Têtard. Il court, saute, se bat à l’épée avec Ivanhoé, attaque Jean sans terre avec Robin des bois, capture une mouche et la zyeute dans son microscope, la libère et s’enfuit en hurlant devant un moustique.

Enfin, il daigne faire une pause. Il déjeune. Soudain, il laisse tomber sa fourchette et s’empare de son verre d’eau. Et glou, et glou, et glou. Le verre est vide. Il m’en faut peu. Je m’extasie :

« Dis doooonc ! T’as bien bu, mon Têtard !

- Ouais, hein, t’as vu ça ? Je sens ma force qui pousse ! »

Bizarre, j’ai l’impression que c’est proportionnel à ma fatigue : c’est dingue comme elle pousse, elle aussi…

Têtard sort de son bain. Il sourit pendant que je le sèche :

« Hey, maman, tu voudrais pas qu’on se fasse un mariage ?

Je fais celle qui n’a plus qu’un neurone en vie :

- Comment ça ?

- Ben qu’on se marie, toi et moi.

- Mon Têtard, je t’ai déjà expliqué, c’est pas possible.

Têtard me coupe la parole :

- Non mais quand je serai un aldulte, hein.

- Je t’aime mon Têtard mais je suis mariée avec papa. Quand tu seras un adulte, tu te trouveras un grand amour et tu te marieras avec si t’as envie.

- Ouais, je rigole, moi, je me marierai avec mes trois amoureuses.

- Ah ben ça, c’est pas possible non plus !

- Pourquoi ?

- Parce que t’as pas le droit !

Têtard fronce ses sourcils :

- Qui a dit ça ?

- La loi.

- Ah ! Mais moi, la loi, elle m’a dit que les gens exceptionnellement gentils, ils ont exceptionnellement le droit de se marier avec trois amoureuses. Tu sais maman, la loi, elle a dit : ”les mariages seront faits”. »

Une épouse, deux concubines. C’est de pire en pire…

Tous les soirs, Têtard profite de la fraîcheur estivale et hop, il va se promener avec sa Maminette. Ils gambadent, écoutent les oiseaux, observent le ciel et traquent les limaces.

« Attention, une grosse brune bien grasse à gauche, prévient Maminette.

Têtard se penche et sourit :

- Bonjour petite limace, comment vas-tu ?

Après avoir raconté sa vie et son amour pour le saucisson à la limace, il repart.

- Attention, une petite marron, à droite.

- Bonjour petite limace, comment vas-tu ?

Têtard interpelle ainsi une dizaine de limaces (et je m’étonne qu’il se couche tard…). Mais avance, un peu. Les voici arrivés sous un vieux chêne, pardon, sous l’hélicoptère. Têtard et Maminette s’apprêtent à partir en voyage.

Maminette dit :

« Ce soir, c’est toi qui conduis, Têtard. Tu fais le pilote.

- D’accord, et toi, tu fais le con-pilote.

Maminette lève un sourcil.

- Je fais le CO-pilote ou le CON-pilote ?

- Tu fais le CON-pilote, celui qui aide celui qui CON-duit, pffff. »

PS : Je vais bientôt rejoindre Têtard, Mini-Troll sous le bras, et profiter des vacances. Mais je passerai de temps en temps glisser une anecdote têtaresque sur ce blog… Donc à très vite.

Et voilà.
Me voici désespérée, foudroyée, ratatinée, petit coeur brisé.
Je souffre.
Je meurs.
Têtard est parti en vacances. Seul. Sans nous.
Sortez les mouchoirs, dégainez les violons.

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhh ! C’est trop la fête ! On dort mazette, on dooooort ! Mes paupières restent parfois closes pendant 5 ou 6 heures sans discontinuer ! (Ouais pas trop longtemps non plus, Mini-Troll est là pour veiller au grain). Résultat, je me réveille et je suis obligée d’y aller au pied de biche pour voir quelque chose.

Je suis paix. Je suis amour. Je téléphone à Têtard.

« Coucou mon Têtard ! Ca va ?

- Ouaaaaiiiis, super.

- Qu’est-ce que t’as fait de beau aujourd’hui ?

- Je suis allé à la montagne !

- Super. Et t’as vu des belles choses ?

- Ouais.

- C’était quoi (ah faut être motivée pour se dégoter une info) ?

Têtard réfléchit. Longtemps.

- Têtard ?

- Oui ! Allô ?

- T’as vu quoi alors, à la montagne ?

- J’ai vu des énoooormes bouses de vaches ! Elles étaient sèches mais y en avait des vertes, eh ben elles étaient molles et… »

Y a pas, mon fils est un poète.

Parfois, on part faire une course avec Têtard. Et puis on aperçoit quelque chose d’intéressant (un cargo Playmobil, une épée 100 % pur bois, des bottes en forme de girafe). Alors on avance. On avise une nouvelle trouvaille. Et hop on avance. Au final, on est partis très loin. Dans ce cas, Têtard fatigue et je le prends sur mon dos.

Je suis paix. Je suis amour. Je prends Têtard sur mon dos.

Je suis téméraire. Oui parce que pendant qu’il s’affale sur mon dos (20 kilos, quand même), il mâchouille son goûter avec plein de morceaux de chocolat dedans. Soudain, je sens sa petite main qui s’appuie sur mon épaule et se frotte, frotte.

« Dis donc Têtard ! Ne t’essuie pas sur moi, je suis pas un mouchoir !

- Ben je sais, les mouchoirs, ça ne marche pas ! »

Cochon, va.

Je suis paix. Je suis amour. Je dessine avec Têtard.

« Maman, tu peux me dessiner un arc-en-ciel ?

- Oui mon Têtard.

Je commence. Je m’applique. Je lui demande :

- Au fait, Têtard, t’en as déjà vu un ? T’as déjà vu un arc-en-ciel pour de vrai ?

- Bien sûr ! Attends, j’ai même vu un arc en ciel et il m’a prêté ses couleurs ! Oui, pour que je puisse peinturer des oeufs, et plein de couleurs, hein, six, regarde (il tend un à un six doigts contractés et me les exhibe sous le nez), six oui parce que tu comprends, c’est mon copain l’arc-en-ciel et… »

Voilà. Je suis heureuse de t’apprendre que l’éducation nationale, imitant les fabricants d’ovules vaginaux, a inventé les champi hallucinogènes à libération prolongée.

Pour Claire

Têtard est au parc. Il court, saute, plonge, grimpe, tombe, se relève, repart en titubant. Il hurle :

« Mamaaaan ! Mamaaaaan ! Regarde-moi !

Il passe comme une fusée, entame un looping, fait demi-tour et se plante à nouveau devant moi :

- T’as vu ? T’as vu comme je cours vite ! T’as vu comme mes chaussures, elles sont musclées ! »

Ton sens de l’humour aussi mon Têtard, il est musclé…

En ce moment, Têtard essaie de lire les nombres. Dès qu’il voit un bus passer, il interroge.

« Maman, ça fait quoi un neuf et un trois ?

- Quatre-vingt-treize.

- D’accord.

- C’est aussi le nom d’un livre que tu liras quand tu seras plus grand, ajoute papa Crapaud. Avec un fusil dans le dos si nécessaire.

Têtard s’arrête, perplexe. Il lève son petit visage, les sourcils en accents circonflexes.

- C’est quoi un fouzidenldo ? »

M’est avis qu’il n’y a pas que le jardin, qu’il va falloir cultiver…

Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à la sortie de son dernier jour d’école.
Silence. Têtard me regarde, la mine grave.

« Maman, tu savais qu’on tue les renards pour faire des carottes ?

- Euh…

- Ben oui. Tu comprends, les renards, c’est roux, donc c’est orange. Donc on les prend et on en fait des carottes. »

J’ai comme qui dirait l’impression que papa Crapaud et moi, on a foiré un truc, au niveau de la compréhension globale du monde de Têtard…

C’est pas pour jouer ma rombière, mais à mon époque, quand arrivaient les vacances d’été, on passait nos journées dehors (oui, parce que j’ai un scoop : dans le nord, fin juin, il fait aussi beau). Les récré prolongées sonnaient le glas de l’année. Tu veux tout savoir ? Prends ça : c’était le bon temps. Le chat perché, l’élastique, la balle au prisonnier, un-deux-trois-soleil, le jeu du mouchoir (du mouchoir, pas du foulard), la carotte et la marelle sont au chômage. Et on risque pas de les revoir de sitôt. Finito. Over, tu peux raccrocher. Aujourd’hui, le karma des écoliers, c’est de s’enfermer dans le préau pour préserver l’arôme, s’asseoir en cercle, sortir le papier, le tabac, l’herbe, rouler le pétard, et aspirer parce que c’est pas le moment de crapoter. En petite section itou. La preuve ?

Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.

« T’as passé une bonne journée mon Têtard ?

- Oui. J’ai joué avec Noémie. Je lui ai raconté une histoire.

- Ah bon ? (Je sais, ce monument d’originalité est en passe de devenir ma réplique culte…).

- Oui. Parce que tu sais, Noémie, elle va mourir.

Gloups. Y a ma luette qui fait check point. Ma salive passe plus.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Parce que quand les anges ils chantent, tout le monde va mourir. »

Je pense même qu’ils mettent pas de tabac dans leurs bédos. Ils les fument secs.

En ce moment, Têtard déploie des monceaux d’ingéniosité pour atteindre un objectif de taille : squatter notre lit. Cette nuit, il a once again tenté une méthode d’approche en règle.

2h23.
« Maman, je peux venir faire un câlin ?
Je le recouche fissa.

3h37. Un cauchemar, qu’il dit. Je me fâche. Je le renvoie dans son lit et lui administre un sermon. Pendant que je lui déverse ma logorrhée sur la tête, il se rendort. Merde. En fait, il avait vraiment fait un cauchemar.

Je suis paix, je suis amour, je vais chercher Têtard à l’école et je lui dis :

« Têtard, je ne veux plus que tu déboules au milieu de la nuit dans notre chambre.

- Oui mais maman, j’ai fait un cauchemar. C’était un monstre horrible, avec plein de tentacules.

- Je sais mais je t’ai déjà expliqué, moi, les monstres, je les ratatine. Ils ont peur de moi et ils ne reviennent pas de si tôt.

- Maman, ce monstre-là, il est très fort. Il a même pas peur des aldutes. C’est vrai, hein, j’ai regardé sur Internet (sic). Il a des os énooooormes, comme ça parce qu’il boit beaucoup de lait.

- Mais Têtard, tu crois quand même pas qu’il me fait peur ? Ce monstre, je le prends et je le réduis en bouillie !

- Ouais, t’as raison, moi non plus, j’ai pas peur. Je prendrai mon épée de Zorro et on le tuera dans le coeur. »

Comment elle disait, France Gall déjà ? Ah ouais : Débranche !

Quand j’étais petite, parfois, ma soeur et moi, on transgressait. C’était complètement la fête. Pour ce faire, on allait chacune chercher nos matelas et on les descendait dans la chambre de mes parents. Après, on dormait tous les quatre. C’était merveilleux. On appelait ça « faire bidonville ».

Têtard adoooooore faire bidonville. Il se métamorphose en furie sous acide dès qu’on émet l’hypothèse que peut-être maybe les prochains jours, une session de bidonville aura lieu, possiblement. D’autres fois, il n’attend pas nos invitations et invente des suppliques dignes de Victor Hugo pour s’incruster dans notre chambre. Ce soir, il est très motivé. Assis sur la cuvette des toilettes, il m’interpelle :

« Maman. Je te fais une promesse. Approche-toi, je veux pas que les Autres entendent (une réplique piquée à Lost, ça, pas possible autrement), colle ton oreille.

En mère aimante, je colle mon oreille à sa petite bouche et je récolte au passage un litre de yaourt qui traînait sur le pourtour de ses babines. Têtard poursuit.

- Tu sais maman, maman chérie, ce soir, on fait bidonville et demain, je dors dans mon lit. C’est ma promesse.

- Têtard, il faut que je travaille ce soir (en fait, c’est pas tout à fait vrai, disons que j’aimerais être un poil tranquille avec papa Crapaud). On n’a qu’à faire bidonville demain.

- Oh non ! Demain, mais ce sera pas possible !

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Parce que demain, j’aurai beaucoup de travail : je dois faire du tennis, du ruby, et du foodebol américain, alors tu vois ? »

Ah ouais, je vois. Trop dure, la vie.

Têtard a enfilé son chapeau de Zorro. Il court. S’arrête. Et apostrophe son père.

« Papa ?

- Oui ?

- Tu pourrais chanter la musique de Zorro pendant que j’arrive au galop sur mon cheval Tornado, steuplé ?

- Oui.

On est des parents aimants, hein ? Têtard va se cacher. Papa Crapaud entonne :

- Un cavalier, qui surgit hors de la nuit…

Têtard arrive en sautillant. Il fait potocloc potocloc. Ses sourcils sont froncés. Papa Crapaud poursuit, galvanisé :

- … court vers l’aaaaventuuure au gahalop !

Têtard sort son épée (une paille rose fuchsia) et pourfend l’homme invisible.

- Son nooooooooom, il le siiigne à la POINTEUH DE L’EPEE…

Papa Crapaud ne se sent plus de joie. Les bras écartés vers le ciel, il a les yeux révulsés, l’écume aux lèvres. Il hurle. Il tourne la tête. Il voit la fenêtre, derrière lui. Elle est grande ouverte. Les quatre-vingt-treize appartements qui donnent sur la cour profitent de son solo. Il continue, l’air de rien, mais un peu moins fort quand même :

- La fenêtre est ouveeeeeeerte, et je suis ridiculeeeeuuuuuhhh.

Têtard s’arrête net. L’épée encore pointée vers le plafond, il s’écrie :

- Mais non ! Tu dois dire « d’un Z qui veut dire Zorro » ! Alors, tu connais même pas la chanson ! Pfffffffffff. »

Têtard a été invité en week-end chez Mathilde. Nous aussi, par la même occasion. Au-delà du fait que nous ayons goûté de la torgoule pour la première fois, nous avons assisté à quelques échanges mémorables. Démonstration.

Têtard : On joue aux trois petits cochons ?

Mathilde : D’accord.

Têtard : Je suis Noufnouf.

Mathilde : Moi, je suis Nafnaf.

Têtard : Mais on dit aussi que je suis le lutin du Père Noël.

Papa Crapaud : Ah bon ? Je pensais que tu étais le Père Noël.

Têtard : Ouais, t’as raison. Je suis le lutin du Père Noël ET le Père Noël.

Mathilde : Ouais. Et moi, je suis la Mère Noël.

Têtard : D’accord.

Gros silence. Qui dure plusieurs secondes.

Mathilde : C’est qui la Mère Noël ? C’est la maman du Père Noël ?

Têtard : Ben… Plutôt son amoureuse, non ?

Mathilde : Ouais, c’est ça, c’est sa fiancée. Je suis la Mère Noël, alors.

Re-gros silence.

Mathilde : Ca va pas.

Têtard : Pourquoi ?

Mathilde : Je croyais qu’on jouait aux trois petits cochons…

Têtard : Ouais. Mais on n’est que deux.

Mathilde : Ah ouais…

Têtard : On n’a qu’à dire que je suis Nafnaf et nifnif. Je suis deux petits cochons et toi t’es un petit cochon, t’es Noufnouf.

Mathilde : Non, je veux aussi être deux petits cochons.

Têtard : D’accord, on n’a qu’à jouer aux quatre petits cochons alors.

Mathilde : D’accord.

Qui a laissé traîner le calva ???